Sandhy, la persévérance récompensée

04 septembre 2015

Sandhy, la persévérance récompensée

Rencontre avec Sabine Nicole promue au titre de "Chevalier de l'ordre du Mérite Agricole", le 14 juillet dernier, par le Ministre de l’Agriculture et par le Préfet de La Réunion.

Quand vous êtes-vous lancés dans l'agriculture ?
Nous étions jeunes, mon mari travaillait pour un patron et moi j’étais au chômage avec un bébé, quand celui-ci a décidé en 1994 d'acheter un terrain de 5 ha à Saint-Louis et de s’y installer. C’était déjà un passionné de la terre. Par amour pour lui, je l’ai suivi et lui ai fait confiance.
Dès l'année suivante, comme on ne pouvait pas vivre de la canne, nous nous sommes diversifiés dans le maraichage. Pendant environ six ans, nous avons cultivé des salades et nous avons essayé d'autres cultures (courgettes, tomates…). Par la suite, comme nous avions eu pas mal de soucis avec le plein champ, nous nous sommes donc réorientés vers la culture sous abris et pour cela il a fallu faire de gros investissements.
Cela n’a pas été facile, je n’étais pas fille d’agriculteur et je ne connaissais rien au métier. Donc j’ai du faire encore plus mes preuves dans ce milieu d’hommes et montrer ce que je valais. Il y a eu bien des découragements, mais on n’a jamais baissé les bras, on s’est soutenu mutuellement.

Et dans l'aventure Sandhy ?
En 2008, j’ai voulu tenté une nouvelle aventure en rachetant Sandhy et démontrer qu’une femme pouvait aussi réussir et apporter autre chose au milieu agricole. Je me suis jetée à l'eau, car je ne connaissais rien au milieu des grandes surfaces et mon mari m’a soutenu dans ma démarche. J’ai donc repris l'exploitation à Saint-Leu, la gérance de Sandhy et j’en ai fait une marque. Mon travail a beaucoup évolué depuis. Avant je travaillais au champ, dans les serres avec mon mari et les ouvriers. Maintenant je m'occupe autant de la production que de l’administratif, du conditionnement, de la commercialisation et du marketing.

Qu'avez-vous ressenti en apprenant votre promotion ?
En lisant le courrier du Ministre et du Préfet, j'ai été surprise, puis très émue, car je ne m'y attendais pas du tout. Ce n'est pas évident de recevoir un "titre" aussi honorifique.
On est terre à terre, proches de nos employés, on travaille comme eux, on est logé à la même enseigne. Cette récompense m'a vraiment touchée. J'ai toujours été dans l'ombre de mon mari, mais ceux qui me connaissent, savent que je suis une travailleuse acharnée, persévérante et tenace. Je n'ai jamais voulu être mise en avant. Pour moi du moment que le travail est bien fait et qu'on arrive à payer nos salariés, nos créanciers et à en vivre, c’est ce qui compte.
Recevoir une telle promotion, c’est un signe de reconnaissance du travail fournit depuis toutes ces années et je remercie du fond du cœur les personnes qui m’ont attribué ce mérite.

Quel regard portez-vous sur votre parcours ?
C'est une sacré aventure. On est parti de rien il y a 20 ans. On avait des bœufs pour gagner une petite monnaie supplémentaire. La nuit tombée, on plantait encore des salades. On a travaillé dur, 7 jours sur 7, sans prendre de vacances, mais à la fin on est récompensé. On a fait un sacré bout de chemin.
Si c’était à refaire, c’est sans hésiter, peut-être différemment, car on a dû faire beaucoup de sacrifices. Mais dans la vie, il faut faire des choix à un moment donné et en assumer les conséquences, qui conduisent souvent à des sacrifices.
Maintenant, on est reconnu en tant que professionnels et par les consommateurs avec nos mini-légumes Sandhy. On fait le maximum pour avoir toujours de beaux et bons produits. On se remet s’en cesse en question. Il y a 20 ans, on était des novices et on a "mangé des roches", on en a pleuré. Mais la persévérance et l'amour du travail ça paie toujours !

Aujourd'hui ce qui fait notre fierté, c’est de pouvoir faire vivre 25 salariés et leurs familles avec nos exploitations et assurer un avenir à nos enfants, c’est le plus important.

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